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André ABET
Né en 1935 à Lapalme dans
l'Aude.
Décédé le 13
octobre 1991.
Pierre Guibbert lui rendait hommage dans le
n° 55/56 des Cahiers de la Cinémathèque
"Europe 39/45" de décembre 1991 :
"Photographe,
cinéaste, André Abet, plus qu’aucun
d’entre nous, était un homme d’images.
Si j’avais à construire la géographie
imaginaire d’André Abet pour installer son
souvenir - puisque la réalité chaleureuse de sa
présence nous est désormais interdite - je
construirais un pays idéal où la grande salle
rouge du Palais des Congrès, brillant de tous ses feux un
soir de Confrontation, s’inscrirait définitivement
entre les crêtes sublimes qui bornent la vallée
heureuse de Saint-Laurent de Cerdans. Où la foule amicale
des spectateurs prendrait en quelque sorte la suite historique des
cohortes solidaires des ouvriers qui ont aujourd’hui
déserté les usines.
C’est dans ce noble
décor que je le retrouverais de
préférence, croisant inlassablement les vestiges
d’une mémoire sociale qui, amoureusement
entretenue et décantée, avait peut-être
formé le meilleur et le plus tendre des souvenirs de son
enfance, avec son expérience militante de
l’enseignement et de l’animation. Tantôt
invitant d’un geste un ami, au cours d’une lente
promenade sur les pentes de Serralongue, à partager une
émotion violente au spectacle d’une ligne
d’horizon qui, si l’on n’y prenait garde,
engagerait à se détourner des pauvres remous de
la vie des hommes. Puis, conscient de cet égarement,
ramenant tranquillement son hôte à
l’essentiel, à la chaleur d’une
soirée amicale où l’on forme sans
impatience des projets pour l’avenir ; où, en
attendant ces lendemains fervents, qui ont souvent pour cadre
l’Institut Jean Vigo, on éprouve simplement le
bonheur d’entretenir une complicité de longue date.
Tous ceux qui ont partagé sa
table et son toit, tous ceux qui ont suivi les stages de
cinéma qu’il animait, tous ceux qui
l’ont côtoyé ont connu ce
privilège.
La géographie
d’André Abet était en effet une
archéologie. Pour lui, la richesse unique d’un
paysage, l’objet de la quête de son regard,
c’était toujours la trace des hommes. Ces murs
tourmentés de pierres sèches cloisonnant pour des
siècles une terre vigoureuse qui, sans leur
présence, eût été ingrate,
avaient été levés par des hommes. Dans
cette maison abandonnée, enfouie sous des
châtaigniers mystérieux, Ludovic Massé
avait séjourné.
Voici pourquoi, paradoxalement,
très éloignées de ce berceau, les
grandes métropoles pourvoyeuses des légendes
contemporaines - Barcelone et sa vieille mémoire
révolutionnaire ; Valence et ses anciennes
façades griffées de slogans politiques ; Moscou,
où le puzzle insolite des destinées individuelles
semble bizarrement déchirer la trame d’une
mythologie glorieuse ; Le Caire enfin, avec ses toits inextricablement
enchevêtrés constituant le plus fantastique des
rébus urbains - ont fourni à André le
meilleur de son inspiration photographique.
Voici pourquoi, paradoxalement, ce
fabriquant d’images fortes était à part
égale un homme de discours, un initiateur laïque
qui entretenait en permanence un dialogue rayonnant par ou le
cinéma prenait rang dans nos vies.
Ceux qui ont connu et aimé
André Abet - et ici l’on ose à peine
évoquer sa merveilleuse famille - me pardonneront de rester
à la surface publique des choses. Il nous suffit de savoir
-faute de mieux - que nos silences, pour longtemps, abriteront la
beauté de son visage escortée
discrètement, au gré des souvenirs des uns et des
autres, par l’écho assourdi d’un air de
jazz ou d’une lancinante habanera.
Nous savons tous, parce que telle est la
raison essentielle qui présida aux rencontres des membres de
l’Institut Jean Vigo, que l’amitié est
une affaire privée."
P.G.
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