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Pierre GUIBBERT
Pierre Guibbert est
décédé subitement le 29 janvier 2004.
L’association perd ainsi sa dernière grande figure
historique. Rencontrant Marcel Oms au milieu des années
soixante à propos de l’enseignement du
cinéma dans les établissements scolaires, il
avait bien vite rejoint la petite équipe de Confrontation,
et participé de manière très
importante à la création et au
développement des publications (dont il a assuré
le secrétariat de rédaction, puis la direction de
1974 à 1992, et à nouveau depuis 2001).
On lui doit très directement la maquette
des Cahiers qu’il avait
élaborée avec l’équipe de ce
qui s’appelait à l’époque
L’Erreur des Champs, la variété et la
richesse des thèmes traités par Archives,
la qualité des textes
retenus pour la Collection Jean Vigo. Sollicitant
constamment les rédacteurs négligents, apportant
parfois son aide à la rédaction, dessinant
l’organisation interne des numéros afin de
privilégier le projet de l’institut :
rapports entre Histoire et Cinéma, surveillant
l’illustration jusqu’à la
dernière minute, rien de lui échappait dans la
réalisation d’un numéro des Cahiers.
De même très
vite il devint la cheville ouvrière d’Archives
allant jusqu’à
transcrire lui-même les textes sur disquette.
Cette énorme tâche
qu’il ajoutait à ses activités
professionnelles (il était enseignant-chercheur à
l’école normale de Montpellier, puis à
l’IUFM où il créa un centre
d’études, de documentation et de recherches en
histoire de l’éducation) lui imposait des horaires
de travail qui ont toujours étonné ses proches,
mais qu’il supportait sans peine.
C’est dans ce secteur
éditorial, qu’il marqué d’une
manière indélébile, qu’il se
sentait le plus à l’aise. Pour autant il a
joué un rôle essentiel dans la mise en place du
Colloque et dans les relations de l’institut avec les
historiens de société : que ce soit dans
l’organisation pendant plus de quinze ans au cours de
Confrontation des Lundis de l’histoire de
Denis Richet, de la venue dès le premier colloque
d’historiens qui comme Pascal Ory ou Jean-Pierre Rioux ont
bien voulu devenir des fidèles des activités de
l’association, ou du rassemblement de la
quasi-totalité des historiens français
spécialistes de Vichy pour Confrontation
« Europe 39-45 ».
Etonnante contradiction : cet homme qui
n’aimait pas prendre la parole en public - il tient les
records des présentations de films les plus courtes ce qui
explique qu’il ait été moins connu que
Marcel Oms ou André Abet, qui insistait volontiers sur ses
hésitations et évitait d’afficher ses
opinions - est pourtant celui qui a établi pour
l’institut, et bien au-delà des milieux
cinéphiliques, les relations les plus durables et les plus
importantes pour faire connaître son projet.
Et nous ne le verrons plus remonter d’un
doigt machinalement ses lunettes sur son nez, s’approcher en
bougonnant des premiers rangs pour présenter un film
qu’il aimait, ou qu’il introduisait par devoir, et
brusquement s’échauffer dans une discussion pour
fustiger une mode passagère, ou dénoncer une
fausse valeur, il n’avait pas fait une thèse sur
Eisenstein pour rien…
Autant dire que pour son énorme
capacité de travail et pour la qualité de ce
travail, mais aussi tout simplement pour tout ce qu’il
était, il va beaucoup nous manquer…
JBDZ
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