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MARDI 10
JANVIER I 19 h
Pierrot le fou
Jean-Luc GODARD, France 1965, 1h55
Sc. : Jean-Luc Godard, d'après Lionel White ; Int. : Jean-Paul
Belmondo, Anna Karina, Dirk Sanders, Raymond Devos, Samuel Fuller,
Jean-Pierre Léaud.
Ferdinand Griffon, ex stagiaire à la télévision, marié à une richissime
italienne, lit à sa petite fille des pages d'Elie Faure consacrées à
Velazquez. Une jeune fille, Marianne, vient garder les enfants. Les
Griffon se rendent à une réception bourgeoise, où chacun débite des
slogans publicitaires, exception faite de Samuel Fuller qui parle de
cinéma. Ferdinand jette un gâteau au visage des invités et, retrouvant
Marianne qu'il a jadis aimée chez lui, part avec elle vers le Sud de la
France, dans un grand périple où se mêleront trafic d'armes, complots
politiques, rencontres incongrues, mais aussi des pauses bucoliques et
des déchirements amoureux.
L'art de Jean-Luc Godard est sans doute la conséquence de ce constat
que le cinéma ne peut plus être innocent, parce que l'image aujourd'hui
ne se contente pas de représenter la réalité, mais est partie
intégrante de cette réalité. Nous avons accès au réel par le biais
d'innombrables images reproductibles et dans cette galaxie d'images qui
modèle notre rapport au réel, le cinéma a une place proéminente, parce
que c'est par lui en premier que la culture de masse a pu se faire
culture de l'image.
Celle-ci s'est recouverte en quelque sorte de deux épaisseurs d'images
: la publicité, et le cinéma hollywoodien classique : deux genres
d'images fondamentalement différents mais qui se rejoignaient tout de
même dans un certain déni de la réalité d'une société capitaliste,
divisée, non réconciliée, en guerre sur plusieurs fronts…
Le caractère étrange du cinéma de Jean-Luc Godard consiste à assumer
cette situation en donnant à voir à la fois le monde et la position
qu'occupe cette façon de voir le monde par rapport aux autres types
courants d'images.
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