Itinéraire d’une affiche ou le joyau sauvé des eaux

La collection d’affiches de cinéma de l’Institut Jean Vigo présente, parmi ses pièces remarquables, deux affiches différentes du film de Fritz Lang Les Trois Lumières. Elle ne représente pas le film par la même illustration et leur taille diffèrent. L’une est d’un format spectaculaire : 240 X 320 cm et l’autre, un peu plus petite, est d’un format plus classique : 160 X 120 cm.

La plus petite affiche a été sauvée de la détérioration. Nous vous proposons ici de revenir sur sa restauration.

Discrètement entreposée contre un mur dans les anciens locaux de l’Institut Jean Vigo de la rue Mailly, l’affiche Les trois lumières a été victime des humeurs célestes : contrecollée sur papier ordinaire et vulgairement entoilée, l’affiche – déjà très abîmée – prend l’eau avant le déménagement des collections de 1998. Elle est alors remisée dans un tube et conservée à l’horizontale en attente de catalogage.
Elle tombe dans l’oubli pour un temps, sans véritable carte d’identité : aucune mention du réalisateur sur le document, pas d’indice sur la provenance de l’affiche, l’identité du déposant ou la date du dépôt. S’ajoute à cela le flou qui entoure l’illustration lithographiée ne renvoyant, à première vue, à aucune séquence familière (une foule d’hommes en turbans et de femmes voilées réunies autour de quelques derviches tourneurs).

C’est en 2010 que Les trois lumières refait surface, à l’occasion de la restauration d’un lot de 5 affiches de films sélectionnées parmi des documents très abîmés bien que déjà entoilés. La restauration de ces affiches est confiée aux ateliers Quillet.

Une recherche s’impose alors pour le catalogage afin de lever le voile sur Les trois lumières. Rien n’indique en effet qu’il s’agit bien du fameux film de Fritz Lang Les trois lumières (Der müde Tod) de 1921. C’est donc en visionnant le film dans son intégralité que l’on parvient à dissiper le doute. La scène représentée sur l’affiche faisant référence à une séquence du film (le plan de foule fait écho à un passage furtif du personnage féminin à Bagdad au IXe siècle).

9 mars 2011 : l’affiche revient de l’atelier après un considérable travail de restauration. Les traces d’eau sont à peine visibles. Collée sur papier Japon puis entoilée, selon la procédure réversible qui s’impose, elle peut maintenant reprendre sa vie publique. Seul le travail de comblage n’a pas été réalisé. Il s’agirait – si l’on envisage un jour cet ultime travail de restauration – de rehausser les couleurs sur les zones qui ont subi l’épreuve du temps (pliures, frottements, anciens adhésifs qui attaquent la fibre du papier, dégât des eaux…).

La diffusion et la valorisation de ce document consiste en sa numérisation (photographie très haute résolution) par la Cinémathèque Française pour l’intégrer à la base de données consultable sur www.cineressources.net (le catalogue collectif des bibliothèques et archives de cinéma) dont fait partie l’Institut Jean Vigo.

Cette affiche est l’unique exemplaire d’époque de format 160×120 connu du fameux film de Fritz Lang aujourd’hui identifié en France.

La seconde version de très grand format 240 X 320 cm est encore plus rare. Elle est en effet, à ce jour, l’unique exemplaire recensé dans le monde. Elle a été restauré dans l’atelier de Régis Fromaget à Paris en 2015.

Ces deux trésors de cinémathèque ont été dévoilés au public dans le cadre d’une grande exposition Le Cinéma s’affiche en grand au Palais des Rois de Majorque (du 20 juin au 30 août 2015).

L’histoire de la restauration de l’affiche 240 X 320 par Régis Fromaget sera a découvrir en exclusivité dans le catalogue de l’exposition.

Affiche 160 X 120 numérisée après restauration

Affiche 160 X 120 numérisée après restauration

Les Trois lumières (320x240) après restauration.

Les Trois lumières (320×240) après restauration.

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