A l’occasion de la sortie du numéro spécial de la revue Archives consacré au scénariste et producteur Ricardo Muñoz Suay, nous vous proposons :

– Le 1er décembre à 19h10 Plácido de Luis García Berlanga (Espagne, 1961, 1h27). Ce film sera présenté par François Amy de la Bretèque.

Plácido de Luis García Berlanga

Plácido de Luis García Berlanga

Luis Garcia Berlanga

Luis García Berlanga suit des études chez les jésuites à Valence et en Suisse. Lorsque la guerre civile éclate en Espagne, il s’engage dans la division Azul qui combat avec les Allemands sur le front russe. De retour en Espagne, il étudie le droit, les lettres et la peinture avant d’entrer, en 1947, à l’Instituto de Investigaciones y Experiencias Cinematograficas. Il en sort avec la première promotion, en 1949.

Considéré comme un maître par ses pairs espagnols, Luis García Berlanga est l’auteur d’une oeuvre qui ne se rattache à aucune école. Les cinéphiles se souviennent de son premier film, Esa Pareja feliz – Ce couple heureux (1951), réalisé en collaboration avec Juan Antonio Bardem, un autre monstre sacré du cinéma espagnol de la période franquiste. Suit  Bienvenue, Monsieur Marshall (1952), toujours d’après un scénario coécrit avec Bardem. Cette aimable satire de la société espagnole obtient un certain succès au festival de Cannes. C’est sans compter la censure du régime. Los jueves, milagro – Les Jeudis miraculeux (1957) sont ainsi bloqués durant quatre ans. A partir de Placido (1961), le cinéaste entame une collaboration fructueuse avec le scénariste Rafael Azcona. Ensemble, ils construisent une oeuvre grinçante, anticonformiste, qui met le plus souvent en scène des personnages dérisoires bercés par l’illusion de la réussite sociale. El Verdugo – Le Bourreau (1963), qui ridiculise le principe de la peine de mort, connaît encore de sérieux problèmes de censure, et le cinéaste doit attendre Life Size – Grandeur nature (1974) pour véritablement se relancer. Cette histoire d’un dentiste (Michel Piccoli) tombé amoureux d’une poupée grand format marque un nouvel effort de réflexion sur le couple et sur la solitude, teinté de misogynie et d’un érotisme surprenant. Le film est tourné en France. Une fois le régime de Franco disparu, Luis García Berlanga retrouve sa veine anarchiste avec La Escopeta nacional – La Carabine nationale (1977), fable grotesque qui ne pardonne rien aux anciennes moeurs politiques espagnoles. Il continue à régler des comptes avec Patrimonio nacional – Patrimoine national (1980) et La Vaquilla (1985), sans toutefois retrouver la même vivacité. (source Cinémathèque française)

– Le 3 décembre à 19h10 Viridiana de Luis Buñuel (Espagne/Mexique, 1960, 1h30). Film ayant reçu la Palme d’or au Festival de Cannes en 1961.

Viridiana-1

Viridiana de Luis Buñuel

Luis Buñuel

Issu d’une famille bourgeoise, Luis Bunue

l fait ses classes dans un collège jésuite. Après des études de sciences à Madrid, il gagne Paris en 1925 et fraye avec les premiers surréalistes. Avant de retourner dans son pays pendant la durée de la guerre civile (1936-1939), Luis Bunuel a le temps de réaliser deux courts-métrages qui lui vaudront les louanges de Man Ray et d’André Breton: Un chien andalou (1928), dans lequel il brise les standards encore récents de la création cinématographique ; et L’âge d’or (1930), véritable pamphlet anticlérical qui donne le ton de son oeuvre à venir. Envoyé ensuite en mission spéciale au Etats-Unis par le gouvernement républicain, Bunuel traîne ses guêtres à New York dans différents jobs pour subvenir à ses besoins. En 1947, il rejoint la ville qui deviendra son fief: Mexico. Il y tourne Gran casino (1947) et surtout Los olvidados (Les réprouvés, 1950) avec lequel il signe un retour triomphal en Europe lors du Festival de Cannes. Il continue néanmoins de s’opposer au régime franquiste et refuse d’aller travailler en Espagne. La France, elle, veut de lui et il surfe sur la vague du Nouveau Roman en adaptant Cela s’appelle l’aurore d’Emmanuel Roblès. En 1961, il feint d’accepter la censure de Franco en réalisant Viridiana; le film fait scandale lors de sa présentation au festival de Cannes mais obtient la palme d’or. Une fois encore, Bunuel y dénonce la préséance de la morale chrétienne sur la société occidentale et fustige le conformisme des bourgeois comme il le fera plus tard dans Le charme discret de la bourgeoisie, 1972. Censurée en Espagne, Viridiana connaît un franc succès en Europe. C’est, pour Bunuel, le temps de la maturité au cours duquel s’épanouissent toutes les facettes d’une vision du monde subversive et ravageuse; temps où l’artiste laisse libre court à l’expression de son insolence, de son irrévérence et de ses fantasmes. Avec Belle de jour (1966) et Tristana(1969), il donne à Catherine Deneuve deux rôles qui propulsent la jeune comédienne en haut de l’affiche. Les plus grands comédiens se le disputent: Jeanne Moreau pour Le journal d’une femme de chambre (1963); Delphine Seyrig et Michel Piccoli pour La voie lactée (1969), Monica Vitti pour Le fantôme de la liberté. Tous rejoignent le public dans une fascination pour cet homme affranchi de toutes modes qui empoigne la liberté et renvoie dos à dos toutes les hypocrisies. Il clôt son oeuvre cinématographique en adaptant, avec son fidèle scénariste Jean-Claude Carrière, La femme et le pantin de Pierre Louÿs qui sortira en 1977 sous le titre énigmatique de Cet obscur objet du désir.

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