Description de l'évènement

René Allio, France, 1971, 1h40
Scénario : R. Allio, Jean Jourdheuil – Photo : Denys Clerval – Interprètes : Philippe Clévenot, Jacques Debary, Gérard Desarthe, Dominique labourier, Rufus…
Les Camisards (1972) fut projeté au Palais des Congrès à l’occasion de la rencontre de 1976 évoquée ci-dessus. Allio présenta ce film comme une étape dans son itinéraire personnel. C’était en effet son premier film “en costumes”. Mais pour lui, il ne marquait pas une
18 rupture avec les précédents si ce n’est par la volonté de s’éloigner de Paris et de l’univers urbain. « Partir loin de Paris, en province, c’est aller là où est la vraie vie, c’est donner à sa propre parole un sens plus plein, c’est se mettre en accord avec soi-même, cesser de vouloir en même temps se mettre en accord avec le système » écrivait-il. (1976, Carnets p.53). la révolte des Camisards, provoquée par la Révoca- tion de l’Edit de Nantes (1685) (le film n’en raconte que l’un des premiers épisodes, de juillet à octobre 1702) peut être comprise historiquement comme la prise de parole des opprimés : ce n’est pas une simple révolte mais une « revendication idéologique et donc culturelle, (qui) ressemble beaucoup à une guerre de libération colo- niale contre les occupants » disait-il (1972). Pour Allio ce n’est pas la guerre de religion qui compte dans cet épisode, mais la revendi- cation de la liberté de penser qui préfigurait déjà la Révolution. A cet égard, il n’est pas indifférent que le film ait été tourné en 1970, deux ans après mai 68 et à l’époque de la guerre du Vietnam. Mais Allio mettait en garde contre les anachronismes et ne cherchait pas non plus à masquer les côtés sombres de la révolte qui ne man- quait pas de fanatiques. on voit les échos que cela peut rencontrer aujourd’hui, en Syrie ou ailleurs…
inspiré par les Mémoires des Camisards édités peu auparavant par Philippe Joutard, coécrit avec Jean Jourdheuil, le scénario adopta une structure volontairement anti-dramatique et oppo- sée à l’épopée. le tournage in-situ, dans la région de Florac, la modestie des moyens dont il disposait, confèrent au film un accent documentaire. Ce tournage fut une aventure collective qui permet de vérifier que, comme disait l’autre, faire un film
politique, c’est d’abord le tourner politiquement. C’est aussi ce qui reste de René Allio : une intransigeance éthique par rapport à son moyen d’expression. (François de la Bretèque)

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