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Passion
Jean-Luc GODARD, France, 1982, 1h27
Scénario : Jean-Luc Godard ; Photo : Raoul Coutard ; Musique : Mozart,
Beethoven, Dvorak, Fauré ; Interprètes : Isabelle Huppert, Michel
Piccoli, Hanna Schygulla, Jerzy Radziwilowicz.
Deuxième film de la troisième période de Godard, celle du retour au public après les parcours militants, Passion
surprend. Pour certains la vacuité du scénario est patente, pourtant à
y regarder de plus près ce qui se joue ici est le rapport de l’art avec
le réel, du cinéma avec lui-même et avec le politique. Au départ Jerzy,
réalisateur polonais, retrouve les voies du cinéma naissant en
s’efforçant de reconstituer sur la pellicule des tableaux célèbres.
Mais le temps des tableaux vivants, qui inspirèrent les pionniers du
cinéma, est passé. Le souci de la perfection a remplacé le joyeux
tintamarre d’un art enfant, hercule au berceau, et la recherche de la
bonne lumière devient la figure de l’impuissance de l’artiste.
Qu’importe, à côté de l’impossibilité de l’art gît la lutte des
classes, à l’usine une ouvrière prend conscience de son aliénation ;
face à un patron faussement débonnaire elle hurle sa révolte, la voilà
congédiée. Quant au réalisateur, plutôt que de continuer dans l’impasse
de l’art, de surcroît soumis aux pressions de l’argent déguisé en
producteur, il fait le choix de partir avec l’ouvrière licenciée, les
révoltés se retrouvent pour un petit matin ou un grand soir. Et où
vont-ils ? En Pologne, là où tout se passe en ce début des années 1980.
Et il n’est pas indifférent que Jerzy Radziwilowicz, le réalisateur
dans le film, soit l’acteur principal de L’Homme de fer, d’Andrzej
Wajda, 1981. Quand on vous dit que Godard est un cinéaste de l’urgence !
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