« Notre système est effectivement
différent, mais il est de plus en plus adopté par les autres pays. En
France, le cinéma fait partie du show business. C’est une industrie
orientée vers le profit. Chez nous, le profit importe peu ; le cinéma
est avant tout un moyen d’expression artistique. Les metteurs en scène
sont à la tête des groupes de production autonomes. Ainsi, les
décisions appartiennent aux artistes ».
C’est en ces termes que le réalisateur Krzystof Zanussi décrivait
l’industrie cinématographique polonaise lors d’une interview accordée
au quotidien le Monde le 7 novembre 1977. L’année 1977 correspond à la
sortie du film Barwy ochronne
(Camouflage) qui fit couler beaucoup d’encre. Le film est l’une
des représentations les plus lucides de la société socialiste et une
analyse critique fine de la corruption et de l’érosion des valeurs
éthiques dans les années 1970. « Camouflage » a connu un succès
remarquable auprès du public et a reçu des appréciations enthousiastes
des critiques de cinéma qui ont su garder leur indépendance d’opinion,
mais il a été violemment attaqué par les représentants de la ligne
officielle.
L’affiche réalisée par Starowieyski est tout aussi surprenante et
scandaleuse. Représenter des matières fécales au premier plan d’une
affiche de cinéma est audacieux même si la licence poétique appartient
à l’artiste. L’interprétation est complexe, cette représentation sort
justement du cadre du camouflage et offre un regard brut, terrestre sur
la production humaine. Assouvir ses besoins viscérotoniques est après
tout un acte quotidien qui ne dépend pas d’une appartenance à une
classe socioculturelle. Le mensonge ou la tromperie n’a pas sa place
dans cette intimité exposée au regard de tous. La traduction littérale
du film est « couleur de merde » ce qui correspond assez bien au visuel
de l'affiche. Dans un des plans du film, le jeune assistant marche dans
des matières fécales et c'est le déclencheur de son animalité qui le
conduira à tenter de tuer le professeur. Starowieyski résume dans son
affiche tout le propos du film. L’arrière-plan est un paysage
campagnard, scène où se situe l'action du film de Zanussi. Seuls des
lettres et des chiffres viennent encadrer l’affiche pour rappeler le
milieu universitaire. Le public est déboussolé et c’est d’ailleurs ce
qu’exploite l’artiste en modifiant le sens des points cardinaux.
L’exemple de Starowieyski illustre le caractère original et novateur de
la production polonaise.
La cinémathèque dispose d’un grand choix d’affiches qui permet d’offrir
un regard sur les sorties de films en 1977. Nous pouvons recréer le
décor des cinémas polonais de cette époque et appréhender ce que le
public pouvait voir à l’entrée des salles obscures. Des ressorties de
films polonais illustrés par Erol côtoient les productions nouvelles
telles que « La danse de l’épervier » de Królikiewicz ou « L’affaire
Gorgon » de Majewski. La programmation s'ouvre sur la production
européenne et américaine bien qu'il y ait un décalage dans les sorties.
En définitive, l'école polonaise a proposé un nouveau souffle dans la
création standardisé de l'affiche de cinéma. Le manque de publication
et d'exposition sur cet art et quelque peu dommage compte tenu de
l'inventivité des affichistes et du regard particulier qu'ils portent
sur notre production
cinématographique.
Remerciements à Laurent Ballester, Michel Cadé, Charlotte Guitton et Maria Zimmermann
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Affiche polonaise du film Camouflage
par Franciszek Starowieyski, 1977
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