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Archives secrètes du cinéma français (1945-1975)
Laurent Garreau (« Et Dieu... créa la censure »),
Jacques Rigaud (préface),
PUF, Coll. Perspectives critiques, 2009, 350 p., 21 €.
Ce livre est inspiré d’une thèse, la censure des films
en France de 1945 à 1975 à partir des archives du CNC. Le jury, dirigé
par Jean A. Gili était composé de Geneviève Sellier (Présidente), Eric
Le Roy, Jean-Marc Leveratto et Martin Barnier. Le nouveau titre, Archives secrètes du cinéma français,
est révélateur d’un travail de cistercien - ou de dominicain
inquisiteur - et suggère la recherche de sources inconnues et
interdites au profane et réservées au seul chercheur au sein du Centre
National du Cinéma (CNC).
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Les
années 1945-1975 délimitent l’Âge d’or
de la censure du cinéma français : de De Gaulle (le
cinéma de guerre - l'Algérie - et de paix
retrouvée) à Valéry Giscard d’Estaing (le
cinéma libéré et ixifié) où
l’État prend en main le contrôle du cinéma
français. Le sous-intitulé « Et Dieu... créa
la censure » (référence explicite à «
Et Dieu... créa la femme ») et la photo de Brigitte Bardot
dénudée illustrent à merveille
l’allégorie de la Censure spécifiquement - et
originellement ? - érotique ! BB est devenue la Star immortelle
qui a conquis le monde et la censure une machine omniprésente et
omnipotente qui muselle fortement le monde du cinéma.
L’ouvrage, alliant théorie et pratique, plonge dans la
jungle des lois et des arrêts de jurisprudence, étudie
parallèlement l’histoire, le social, le juridique et le
politique, et fourmille d’exemples filmiques - quelque 200
longs-métrages - donnant une originalité et une force
sans pareille au sujet. L’auteur a parcouru non seulement les
fonds audiovisuels de la Bibliothèque Nationale de France mais
aussi consulté les acteurs de la censure : Francis Delon, Sylvie
Hubac et Pierre Chaintreuil, successivement présidents et
secrétaire de la Commission de classification des œuvres
cinématographiques. Jacques Rigaud souligne dans sa
préface le mérite de l’auteur d’avoir mis en
valeur le rôle des juges et la sagesse des personnalités -
de Georges Huisman à Pierre Soudet - qui ont
présidé la Commission nationale de Contrôle. Vu la
richesse des domaines abordés, comment qualifier ce livre ? On
ne peut que faire le rapprochement avec le Dictionnaire de la censure au cinéma, Images interdites de Jean-Luc Douin paru chez le même éditeur dans la même collection en 1998. En effet, Archives secrètes du cinéma français est, vu le contenu, un titre, certes attractif, mais fort réducteur !
Dictionnaire de la censure du cinéma français des
Années 1945 à 1975 reflèterait bien mieux la
pléthore de films étudiés, intitulé
d’ailleurs repris partiellement dans la Troisième partie,
Dictionnaire des films censurés, qui, ne reprenant pas les films
plus longuement étudiés dans les deux parties
antérieures, s’attache à donner de nombreux et
courts avis d’interdictions filmiques. La censure et la
pré-censure prennent vie ! L’auteur, plongeant dans les
avis des sous-commissions de contrôle et
d’assemblées plénières, révèle
de nombreux inédits censoriaux, a toujours des anecdotes et des
détails précis sur tous les films. Il apprend tout autant
au néophyte qu’au cinéphile spécialiste de
censure, donne non seulement les considérants censoriaux mais
aussi le contexte politique et social. Certains films ont droit
à de nombreuses pages : Le
Corbeau, Le Diable boiteux, La Grande illusion, Un homme marche dans la
ville, La Danseuse de Marrakech, La Chute de Berlin, Bel ami, Les
Tricheurs, Le Feu dans la peau, 492, Le Viol du vampire, La Religieuse,
Salo ou les 120 jours de Sodome... On recherchera avec plaisir ses films préférés ou on lira au hasard ! Par exemple, Belle de jour a
frôlé l’interdiction totale, mais n’a pas
échappé à celle aux mineurs de moins de 18 ans. Le Pacha,
film a priori pépère, évite l’interdiction
aux mineurs de moins de 18 ans moyennant coupes des brutalités
policières employées par Gabin.
Trois cavaliers pour Fort Yuma est autorisé sous réserve de coupures de scènes d'exécution, de supplice au soleil, de lapidation. Barbarella est interdite aux mineurs de moins de 18 ans pour ses scènes érotiques qui pourraient troubler les jeunes gens. Coplan sauve sa peau
échappe à l'interdiction moyennant l'allégement
substantiel de la scène où un personnage est
brûlé par une lampe et assassine Mara : les coups
portés sont minorés et le rictus assassin
supprimé. Le démon de la chair est autorisé
moyennant coupures des scènes de l'hystérie sur le lit et
du meurtre final... Je ne ferai qu’une critique – au
demeurant mineure - l’absence de bibliographie sélective
finale (qui procède assurément d’un choix de
l’auteur qui a voulu un ouvrage concis et
préféré des notes infra-paginales). Pour conclure,
un Dictionnaire sur la censure du cinéma français docte
et instructif. Il y avait le Douin, il y a désormais le Garreau.
Albert Montagne
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