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A CANNES
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Les Habitués.
Une sélection où nous allons retrouver les grands "ténors", habitués
à gravir les marches du palais. Ainsi dans la compétition officielle et
hors compétition seront présents les Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano,
Mike Leigh, Nikita Mikalkov, Woody allen, Stephen Frears, Bertrand
Tavernier.
Mais aussi des nouveaux et cinq films français en compétition officielle c’est pas mal.
La jeunesse. La jeunesse est également présente cette année, non
seulement chez les réalisateurs, (La semaine de la critique par exemple
offre en compétition sept premiers films) mais dans les thématiques
proposées (La quinzaine des réalisateurs propose plusieurs films dont
le thème principal est l’adolescence). Cure de jouvence ? Proches de la jeunesse, des réalisateurs placent leurs scénarii
dans des mondes virtuels offerts par les médias très actuels,
télévisuels et ordinateurs. Par exemple :
- Côté
français et hors compétition, l’Autre Monde de Gilles Marchand.
Deux jeunes vont se retrouver sur un jeu vidéo en réseau pour mourir
ensemble.
- Le
japonais Hideo Nakata dans Chatroom met plusieurs adolescents en
scène, préoccupés, fascinés par un site forum de discussion sur lequel
ils s’évadent, niant la réalité, jusqu’à la mort possible.
- Le
néerlandais David Verbeek avec son film Second Life. Un joueur
professionnel est incapable de nouer une vraie relation en dehors de
l’univers virtuel dans lequel il s’évade.
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Le politique.
Mais la tonalité majeure de Cannes en 2010 aura été le politique. Dès
l’ouverture officielle du Festival nous apprenions que le réalisateur
iranien Jafar Panahi pouvait ne pas honorer de sa présence le jury car
il avait été incarcéré par les autorités de l’Iran, pour raisons
politiques. Il était accusé d’avoir réalisé un film contre le régime,
devenant ainsi le porte-parole de l’opposition. Malgré la mobilisation
internationale portée par Steven Spielberg, Martin Scorcese, Abbas
Kiarostami, Juliette Binoche,… le fauteuil de Jafar Panahi est resté
vide. Il ne sera libéré des geôles de Téhéran que le 25 mai 2010, après
une grève de la faim et le versement d’une forte rançon en rials. Il ne
peut toujours pas quitter légalement son pays.
Nous apprenions également que le film d’Abbas Kiarostami, Copie
conforme, ne sortirait pas en Iran. Le vice-président de la Culture
iranienne a déclaré dans un justificatif bidon : "ce film ne pourra
pas sortir en salle en Iran à cause de l’habillement de l’actrice
principale Juliette Binoche". On croît rêver !
Deux films dans la sélection officielle et en compétition ont traité de l’Algérie.
L’un, Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Il évoque les manifestations
en France d’une nation algérienne en lutte pour sa liberté au lendemain
de la deuxième guerre mondiale. Très belle reconstitution.
L’autre film : Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois évoque le
massacre des moines de Tibhirine dans les montagnes du maghreb. Très
intelligent et émouvant document. Il obtint le "grand prix" au
palmarès. |

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Toujours dans
la compétition officielle, l’américain Doug Liman avec Fair Game
enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en
Iraq durant l’administration Bush.
Le russe Nikita Mikalkov présente une suite à son film Soleil
trompeur, Exode Soleil trompeur 2, mettant en cause
l’administration russe en 1941, durant la guerre.
Hors compétition l’américain documentariste Charles Ferguson dans Inside Job aborde de façon magistrale une enquête approfondie sur les
acteurs principaux de l’énorme dépression économique et financière
mondiale de 2008, qui se poursuit aujourd’hui.
Hors compétition aussi le film d’Oliver Stone : Wall Street Money
never sleep évoque le krach boursier de 2008 et les gourous de la
finance.
Dans la quinzaine des réalisateurs le scandinave Christopher Boe dans Everything will be fine, lance son héros dans une enquête acharnée
afin de démêler une conspiration politique révélée par des photos de
prisonniers de guerre torturés par des soldats danois.
Dans la semaine de la critique, en écho au film de Boe, le documentaire
du réalisateur danois Janus Metz évoque le conflit afghan en suivant
deux soldats partis en Afghanistan pour leur première mission dans le
camp d’Armadillo, titre du film.
Egalement dans la section Quinzaine des réalisateurs le film
docu-fiction du suisse Jean-Stéphane Bron, : Cleveland contre Wall
Street imagine le procès qui aurait dû avoir lieu entre les avocats
de la ville de Cleveland et les 21 banques qu’ils jugent responsables
des saisies immobilières qui dévastent leur ville. Un procès à partir
de protagonistes et leurs témoignages bien réels. |

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L’Afrique était
représentée dans la compétition officielle par un film du réalisateur
tchadien Mahamat Saleh Haroun, Un homme qui crie. Au Tchad, pendant
la guerre civile le gouvernement exige de la population un "effort",
de l’argent ou un enfant en âge de combattre. Un père, maître nageur de
la piscine d’un grand hôtel de luxe de la capitale, rétrogradé, humilié
et dans la misère va finir par accepter que son fils parte au front. Un
père bouleversant qui partira sur les lieux de combats à la recherche
de son fils. Un cri à la fois de douleur et de révolte contre les
puissants de son pays. Très beau film qui a obtenu le prix du jury.
Le cinéma des Antipodes nous a également offert un film intéressant et
bien fait : Balibo du réalisateur australien Robert Connolly. Il
nous présente l’histoire d’un conflit méconnu du monde car très peu
médiatisé, celui de l’envahissement du Timor Oriental par l’Indonésie
en 1975. Evènements oubliés et lâchés par les américains, les
britanniques, les portugais et tous les pays européens.
Cette année-là, cinq journalistes de la télévision australienne,
envoyés en mission disparaissent à Balibo, lors de l’invasion du Timor
Oriental. Quatre semaines plus tard un journaliste part à leur
recherche. Un film fort et le Timor ravagé est remarquablement
reconstitué.
Nous sommes toujours dans le politique, jusqu’au film, certes plus
léger, mais très agréable et drôle de Michel Leclerc, Le nom des gens, dans la semaine de la critique. Une jeune femme extravertie n’hésite
pas à coucher avec les ennemis de son engagement politique à gauche
pour les convertir à sa cause. Jusqu’au jour où elle rencontre Arthur
Martin (ça ne s’invente pas !) un quadra très discret et peu
aventureux. Jara Forestier et Jacques Gamblin sont formidables dans
leur rôle respectif.
Nous n’avons cité là que les films visionnés. Nous en avons
certainement oublié d’autres mais le nombre de films dits "engagés"
était notable.
Quelques grands habitués de Cannes, beaucoup de jeunes réalisateurs et
des sujets tournant autour de la jeunesse et du politique, voilà un "bon cru". |
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Quelques coups de cœur |

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Un des plus beaux films de la compétition officielle fut celui d’Abbas Kiarostami Copie conforme.
Filmé en Italie, en Toscane, c’est le premier long métrage de fiction tourné hors de son pays, l’Iran, par Abbas Kiarostami.
Ce film est la rencontre magique entre le réalisateur et ses acteurs,
notamment Juliette Binoche, exceptionnellement exploratrice de toutes
les facettes de l’éternel féminin. Dès notre arrivée dans la ville de
Cannes nous étions envahis d’images de Juliette. On la retrouvait
partout puisqu’elle figurait en tous formats sur les affiches de la
manifestation, en égérie pinceaux lumineux à la main, signant ainsi la
63ème édition du Festival. Elle obtint le prix d’interprétation
féminine dans Copie conforme.
C’est la même passion pour l’art, la peinture précisément, qui a
rapproché l’actrice et le réalisateur. Le film est l’histoire presque
simple de la rencontre entre un homme et une femme, dans un village de
Toscane. Lui est écrivain anglais, elle galeriste française. Ce couple
presque universel va interroger l’énigme du rapprochement amoureux
entre deux êtres.
Abbas Kiarostami interroge la place du regard dans l’Art et plus
particulièrement la place de l’Amour dans le Cinéma. Cet Art qui imite,
qui représente, qui "copie" de manière plus ou moins "conforme" la
vraie vie.
D’après Abbas : "Ce sont les copies qui permettent la diffusion de
l’Art. Elles nous rendent l’original accessible. Après tout c’est ce
désir de copier qui nous a donné l’imprimerie." et le cinéma !
Pourrions-nous ajouter. Explicitant ainsi le titre de son film. |
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Rares à
cannes sont les comédies qui nous font plaisir. Ce fut le cas du film
de Stephen Frears : Tamara Drewe. L’auteur s’est inspiré d’une
bande dessinée britannique "intelligente, fine et contemporaine"
dira-t-il.
Dans un univers rural, une bourgeoisie londonienne constituée de bobos,
d’intellectuels auteurs de best-sellers, d’universitaires frustrés, de
rock stars au rancart, d’adolescents désoeuvrés, vont former une
communauté, paisible en apparence. Une superbe fille, (Tamara,
remarquablement bien interprétée par Gemma Arterton) retourne dans le
village voisin où vécut sa mère. C’est un choc pour tous. La beauté
incendiaire de cette créature va éveiller d’obscures passions et
provoquer un enchaînement de situations absurdes et comiques. Toutefois
des circonstances inattendues, terribles vont se déclencher sur un
fonds de critique implacable de cette "bourgeoisie aux champs". On
reconnaît bien là la patte de Stephen Frears. Une très belle réussite. |
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Et oui ! C’est "une année de plus", "une autre année", Another year que nous propose Mike Leigh.
Rares sont les films qui, en sortant de la salle de projection, vous
laissent ce sentiment de naturel. La caméra semble être là par hasard,
au milieu de gens qui vivent leur vie. A aucun moment nous pouvons
imaginer qu’une équipe de tournage, des comédiens, un metteur en scène,
des techniciens sont présents sur un plateau pour filmer ces moments
vécus par les personnages. Ils sont tellement vrais, qu’il devient
possible de les rencontrer réellement aux coins de nos rues, et si vous
ne les avez pas encore croisés vous les découvrirez à un moment ou à un
autre de votre existence.
Au fil des saisons, un couple bienveillant, attachant, accueille les
éclopés de la vie. Tendresse et ambiguïté se côtoient et posent cette
question : Comment aider les autres ? Nous voilà les témoins de la vie,
rien de plus. La
présentation du synopsis du film à cannes se résumait ainsi :
"Printemps, été, automne, hiver. La famille et l’amitié. Amour et
réconfort. Joie et peine. Espoir et découragement. La fraternité. La
solitude. Une naissance. Une mort. Le temps passe…"
Nous pourrions ajouter : gravité certes mais humour aussi. Clins d’œil
à l’histoire du cinéma. De la B.D. aux images en mouvement. Un exemple
: Les deux personnages principaux se nomment Tom (le géologue) et Gerry
(la conseillère médicale). Et oui ! Cela fait plus de 40 ans qu’ils
supportent les moqueries des gens à propos de leurs noms de B.D.
Sous des apparences légères le film aborde des problématiques graves
sur les difficultés, les impossibilités parfois à comprendre la vie des
autres.
Comment ce cinéma y parvient-il ?
De son propre aveu Another year est le film de Mike Leigh le plus
personnel. Il s’est inspiré de sa propre vie, de sa propre famille, des
amis, de ses rencontres. Il dit lui-même : "Rien que ce matin, j’ai
rencontré dix personnes dont j’ai pensé qu’elles devraient être dans un
film."
Il a tourné en 12 semaines mais avec plus de 4 mois de préparation avec
son équipe, sa troupe, sa "famille de cinéma". Ce sont ces rencontres
très proches, très conviviales qui permettent à Mike Leigh de
construire son film. Cette méthode conduit à ce résultat à l’écran si
vrai.
Il nous explique : "J’ai 67 ans et mon scénario est né des tourments
liés à la notion de temps qui passe et à la façon que nous avons de
l’appréhender. Il traite des nombreuses questions que nous rencontrons
tous."
Magnifique réussite ! |
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Le prix du scénario est allé à un film de Lee Chang-Dong, sud Coréen : Poetry.
Une grand-mère vit seule avec son petit-fils collégien dans une petite
ville de province en Corée du sud. Cette vieille dame aime soigner son
apparence en se vêtant de tenues excentriques aux couleurs vives. Le
hasard et la curiosité va la conduire dans la maison de la culture de
son quartier et l’amener à suivre des cours de poésie. A partir de ce
moment elle ne va plus regarder son environnement avec le même œil et
semble découvrir pour la première fois les choses et êtres qui
l’entourent. Sa compréhension et sa douceur vont se heurter à la
violence et la difficile communication établie avec son petit-fils. Les
rapports avec lui sont tendus ou inexistants. Un évènement dramatique,
lié au jeune collégien, va bousculer sa nouvelle perception des choses
et lui faire réaliser que la vie n’est plus aussi belle qu’elle le
pensait.
Poetry est un très beau film, intelligent, fin et sensible.
L’interprète féminine, âgée de 65 ans (Yun Jeong-Hee), comédienne très
populaire en Corée, est formidable. Très attachante, sensible et
émouvante.
Le réalisateur Lee Chang-Dong nous avait déjà impressionné et ému en
2007 lorsqu’il avait présenté à Cannes un film bouleversant "Secret
Sunshine", dans lequel l’interprète féminine, Do Yeon Jeon,
magnifique, obtint cette année le premier prix d’interprétation
féminine. Mérité. |
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Un des
évènements les plus marquants de la compétition officielle fut la
projection de Biutiful, le film du réalisateur mexicain Alejandro
Gonzalez Iñarritu.
Il raconte l’histoire d’Uxbal, bon père dévoué, tourmenté, désemparé.
C’est un homme bon dans un monde qui ne l’est pas. Il va tenter de
survivre dans la ville de Barcelone, citée montrée sous des aspects
étonnants de noirceurs, très éloignés des clichés touristiques
habituels.
L’interprète Javier Bardem, dans le rôle d’Uxbal, est époustouflant. La
dégringolade sociale et économique du personnage broyé par la vie
s’accompagne de sa décadence physique. Atteint d’un cancer il va tenter
de trouver la paix, de protéger ses enfants et ses proches, de se
sauver lui-même.
Mais quelle interprétation de Javier Bardem ! On a réellement
l’impression que l’acteur s’est laissé envahir par son personnage et sa
métamorphose physique étonnante l’atteste.
Remarquable et remarqué puisqu’il obtint le prix d’interprétation masculine. Bravo ! car mérité.
A.G.I. affirme Biutiful est une sorte de Requiem. Un Requiem pour un ange sans ailes". Magnifique film. A voir absolument. |
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A Cannes, à 9 heures du matin, c’est très tôt pour aller au cinéma. Les nuits sont courtes.
Ce matin-là, un film venu d’Amérique Latine est programmé dans le cadre des séances spéciales, hors compétition.
Peu de pub pour le film, le bouche à oreille ne fonctionne pas encore, nos contacts ne nous en disent rien. Personne ne l’a vu.
Heureusement, nous voilà attirés par le très beau titre : Nostalgia
de la Luz et la notoriété connue de son auteur : Patricia Guzman,
documentariste chilien au palmarès déjà conséquent.
Dans la salle peu de spectateurs curieux.
D’entrée nous sommes séduits par la beauté plastique des images et la
perfection de la restitution du son. En version originale dans une
langue espagnole parfaite et la musicalité émouvante de la voix du
récitant sud-américain. Un régal.
C’est un film réalisé par Patrice Guzman, originaire de Santiago au
Chili. Après des études d’Art Cinématographique à Madrid il consacre sa
carrière au film documentaire. Ses œuvres antérieures, présentées dans
de nombreux festivals, sont très appréciées internationalement.
Notamment dans les années 70 il a réalisé "La Bataille du Chili", une
trilogie de cinq heures sur le gouvernement de Salvador Allende et sa
chute. Considéré comme le meilleur film politique sur cette période.
Après le coup d’Etat de Pinochet en 1973, Guzman dérange le pouvoir en
place. Il est arrêté, emprisonné dans un stade et torturé. Libéré après
plusieurs terribles semaines il quitte le Chili et s’exile à Cuba, puis
en Espagne et en France. Durant cette période il réalisera plusieurs
autres films sur la situation de l’Amérique Latine. Tous remarquables.
Il est actuellement président du festival International du documentaire de Santiago, qu’il a crée en 1997.
Entre 2006 et 2010, revenu dans son pays il élabore cinq
courts-métrages autour de l’Astronomie et la mémoire historique.
Notamment ce long métrage Nostalgia de la Luz.
Au Chili, il existe un lieu unique : le désert d’Atacama. Ce territoire
est le seul toujours clairement visible du ciel car il y a absence
totale d’humidité. Cette extrême sécheresse a permis la conservation
parfaite de traces d’habitats et d’activités humaines.
C’est là, à 3 000 mètres d’altitude que d’immenses coupoles abritent de
remarquables instruments d’observation permettant aux astronomes de
scruter le ciel jusqu’au confins de l’univers ; et c’est là aussi où
des femmes fouillent le sol à la recherche d’ossements humains, ceux
des prisonniers politiques exécutés par la dictature de Pinochet.
Guzman établit pertinemment un parallèle entre la démarche des
scientifiques qui observent le passé et la détermination de ces femmes
qui, remuant le sol du désert, recherchent les traces de leurs morts.
Le réalisateur va donner la parole à des astronomes qui présentent leur
recherche, à un vieil archéologue qui connaît le désert dans les
moindres recoins, à un architecte, ancien prisonnier politique qui
revient dans le camp en ruine où il avait été détenu et dont il a
minutieusement dessiné les plans pour attester de son existence, à des
astronomes amateurs qui, grâce à l’observation du ciel, ont su
affronter la douleur engendrée par la disparition des leurs ; et enfin
donne la parole à deux femmes déterminés et dignes qui, depuis 28 ans,
remuent la terre à la recherche de quelques ossements humains.
Tous ces personnages ont un point commun : ils fouillent le passé afin de pouvoir supporter le présent et construire un avenir.
C’est un film qui nous propose une méditation dur le temps.
C’est aussi une interpellation des gouvernants actuels du Chili (et
d’autres) qui veulent oublier le passé, effacer ce temps de la
dictature. "Il faut aller de l’avant, disent-ils !". Ils semblent ne
pas avoir compris que ce travail de mémoire est incontournable et que
sans le passé la vie n’a plus de consistance.
A l’image de ce mur –fresque représentant les portraits de personnes
disparues, images s’effaçant inexorablement sans entretien, ni
considération.
Patrico Guzman déclarait : "Nous, chiliens, pouvons voir à des
millions de kilomètre dans le ciel, mais pas regarder un coup d’état
qui n’a que 37 ans".
La beauté plastique des images du désert d’Atacama, les photos du ciel,
les plans étonnants des mécanismes d’observation astronomique sous les
coupoles et la richesse pertinente et émouvante des paroles échangés
dans les interviews en font un film fascinant, à la fois tragique,
poétique et politiquement engagé.
Magnifique document.
En sortant de la projection à Cannes, nous pensions que ce film mériterait une récompense. |
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Il fallait s’y attendre !
Un jury tel que celui de cette année, présidé par le génial et atypique
réalisateur Tim Burton, celui qui nous plonge, à chacun de ses films,
dans un univers magique et déjanté, devait nous surprendre.
La palme d’or du festival a déjoué tous les pronostics d’avant palmarès, là où personne ne l’attendait.
Cette distinction, la plus belle des récompenses de Cannes, est allée à
un film hors normes ; déjà le titre : Oncle Boomee, celui qui se
souvient des vies antérieures du réalisateur thaïlandais, au nom
imprononçable sans entraînement, Apichatpong Weerasetakul.
C’est une sorte d’approche "enfantine" du cinéma, un type de cinéma avec lequel l’auteur a grandi, avouera-t-il.
Oncle Boonmee est un vieil homme, atteint d’insuffisance rénale. Sa fin
est proche. Il vit dans sa ferme apicole, entouré des siens. Il se
souvient de ses vies antérieures. Il va traverser la jungle jusqu’à une
grotte au sommet de la colline, lieu de naissance de sa première vie.
Le surnaturel nous est présenté avec la simplicité d’un conte baigné
d’une atmosphère étrange. Remarquable travail sur la lumière. C’est un
film fascinant avec des moments incontestablement réussis mais qui
reste un film d’accès difficile.
Souhaitons que les festivals futurs nous étonnent d’aussi agréable manière. Que vive le cinéma ! |
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Louis Gironell |
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