Ettore
Scola, une pensée graphique
Jean A. Gili
Isthme
Editions & Centre Des Arts d’Enghien-Les-Bains, 2008, 156 p. , 25
€. (+ DVD, Dominique Roland, Scola Roma, 18 mn).
Ettore Scola, une pensée graphique, est, à la fois,
une exposition - événementielle et, pourtant, gratuite - du Centre Des
Arts Enghien-Les-Bains consacrée au cinéaste du 23 janvier au 30 mars
2008 et une publication luxueuse publiée à cette occasion.
L'initiative appartient à Jean A. Gili, spécialiste du cinéma
italien, professeur de cinéma à Paris 1, membre de l’AFRHC et
critique à Positif, qui propose une mise en perspective imagée des
films de Scola qui, journaliste dans sa jeunesse, collabora à
l'hebdomadaire humoristique Marc'Aurelio en croquant et griffonnant des
dessins, à l'origine, non destinés à être publiés ou exposés.
Dominique Rolland - directeur de la Collection CDA d’Enghien et, ici,
auteur de l’entretien d’Ettore Scola, Scola Roma, présenté dans le
DVD joint - souligne l’importance de cet ouvrage qui, pour la
première fois en France, présente plus d’une centaine de dessins,
ébauches, illustrations et caricatures, qui suggèrent visuellement et
mentalement l’oeuvre d’Ettore Scola, forte d’une quarantaine de
films, et révèlent tout naturellement en amont le fil(m) de sa pensée
graphique. Un premier chapitre, Entre la France et l’Italie (pp.
18-62), étudie les films incontournables : Nous nous sommes tant
aimés, Une journée particulière, La terrasse, La nuit de Varennes,
Macaroni, Splendor, Le roman d’un jeune homme pauvre, Le dîner,
Concurrence déloyale et Gente di Roma. Une seconde partie, Entretiens
(de 1976 à 2004)(pp. 65-139), parcourt sa carrière : Les débuts,
Scola scénariste, Les premiers films, Drame de la jalousie, Nous nous
sommes tant aimés, Affreux, sales et méchants, Mesdames et messieurs,
bonsoir, Une journée particulière, Le bal, Gente di Roma. Une
filmographie illustrée des affiches couleur de chaque long-métrage,
conclut le tout. Comme toujours dans les livres de Gili, l’ouvrage est
richement illustré - photos de tournage à profusion - et, exposition
oblige, nombreux documents inédits et variés, maquettes et costumes de
films, souvent pleine page. Scola, Gili et Roland concilient un beau
livre d’art(s) et littérature qui dévoile qu'en tout cinéaste est
un dessinateur qui s'ignore ou qui s'affiche. Un constant s'impose :
Ettore Scola a suscité en France peu d'études dans les revues
spécialisées et dans la presse généraliste et des notices de
dictionnaires nuancées, sauf dans le Larousse du cinéma, laudatif. Ce
livre, bienvenu, est le premier écrit en langue française sur Scola.
C'est dire si ce scénariste puis cinéaste italien, objet populaire de
rétrospectives et de festivals (Pontarlier, Prades, Nice, Bastia,
Montpellier, Grenoble, Villerupt, Voiron, Annecy...) mais partiellement
reconnu ou boudé par la critique, méritait une exposition et, surtout,
cet ouvrage, d'emblée de référence.
Albert Montagne