Jean-Pierre
Mocky s’affiche
Jean-Pierre
Mocky, Christian Pirot Ed., 2007, 310 p., 21 € 50.
Disons-le
d’emblée, ce livre est le meilleur de et sur Mocky autocritique de
cinéma, non pas que l’auteur parle, au contraire, mais parce qu’il
cède la parole aux images - sublimes affiches couleurs et photos Noir
et Blanc - qui disent vrai et séduisent. Ses multiples autobiographies
d’incorrigible mythomane aux innombrables conquêtes féminines (on ne
peut qu’admirer un homme si prolixe en films, livres et femmes)
laissent admiratifs ou dubitatifs ses admirateurs et détracteurs.
Heureusement, le pouvoir de l’image est là, plus fort que jamais,
dans une première et ludique partie, Mocky
s’affiche (100 pages), qui dévoile sa filmographie à travers une
instructive et complète collection d’affiches (certaines différentes
pour un même film). Par les temps qui courent, avec des droits de
reproduction et diffusion stricts et onéreux, on ne peut qu’apprécier
ce livre superbement et surabondamment illustré. L’image qui prime
assagit Mocky qui, obligé de coller à elle et d’être concis,
commente chaque film en docte maestro. L’homme étant provocateur, je ne m’attacherai
librement qu’à ses seules affiches libertines et censurées, mais
chacun peut faire sa propre lecture et choisir ses thèmes et affiches.
1964, La Cité de l’indicible peur
devient sous la pression des producteurs La
Grande frousse,
le titre original étant rétabli dans une seconde exploitation.
1986, les différentes affiches des Saisons
du plaisir (une par saison, pour le plus grand bonheur des
collectionneurs) scandalisent par leur érotisme : l’hiver, avec un
bonhomme de neige arborant une carotte en place et lieu du sexe, le
printemps, avec deux oranges en guise de seins, l’été, avec une
poire et un champignon suggérant des fesses et un pénis, et
l’automne, avec un champignon phallique et deux mâles châtaignes.
1990, Il gèle en enfer déclenche une polémique avec une paire
d’angelots à demi nus, l’un en bas noir, l’autre au zizi
provocateur. 1996, Mocky se voit imposer pour Alliance
cherche doigt un cœur lardé d’affreux poils (pour une deuxième
exploitation, il choisit une affiche romantique avec un
papillon-alliance recherchant des doigts-fleurs). 2004, dans Touristes ?
Oh Yes !, un téléobjectif
est l’attribut du sujet britannique, touriste obsédé qui lorgne sur
les charmes de la France. 2004, dans Les
Ballets écarlates, un
panneau de signalisation triangulaire avertit du danger pédophile :
un homme, caché sous un épais manteau, prend un enfant par la main (le
film, censuré par la presse, n’a aucune critique). Une seconde et
longue partie (180 pages), Mocky
fait son cinéma, - en réalité un vaste press-book
- donne les scénarios et critiques de tous ses films classés en 6
genres : films militants, comédies satiriques, comédies
sentimentales Sexe and Love,
films politiques (quid des
films militants ?), films fantastiques, superpolars. Cette partie
élogieuse (Mocky ne peut s’empêcher de s’afficher positivement) et
cinéphile (Mocky maîtrise avec bons heurts son sujet) est surtout un
remarquable album de photos souvenirs de films. Enfin, la troisième et
courte partie (6 pages), Lettres
de noblesses, est un jeu de mots sur quelques lettres illustres reçues
et signées de main de maîtres : Hervé Bazin, Louis-René des Forêts,
Jean Cocteau, Raymond Queneau. Pour résumer, un livre anecdotique,
distrayant et imagé – à l’iconographie exhaustive, souvent inédite
- pour apprécier à sa juste démesure Mocky, le fou filmant et, pis,
écrivant. Enfin, ultime argument pécuniaire, pour 22 euros, on peut se
payer la collection complète de toutes les affiches des films de Mocky.
Albert
Montagne