Revue
de la Bibliothèque nationale de France
n° 27- 2007
Dossier
« Mémoires de cinéma » 96 p. 19 €
Le
cinéma occupe une place non négligeable à la BnF, mais sa visibilité
jusqu’ici modeste a pu occulter un peu cette importance. Les
historiens se souviennent quand même du département des arts du
spectacle naguère localisé à l’Arsenal, désormais intégré à la
TGB. Ce numéro de la belle revue de l’institution de Tolbiac entend réparer
ce manque avec un dossier judicieux qui devrait attirer l’attention de
tous ceux qui s’intéressent au secteur des archives et du patrimoine
cinématographique. Le cinéma
est en effet présent à la BnF sous toutes sortes de formes et
de supports, en faisant un des grands lieux de conservation de sa mémoire.
Les
contributeurs sont en partie de gens de l’institution, en partie des
usagers éclairés.
Alain
Carou, responsable du service des images au département de l’audio
visuel et âme de ce dossier, propose avec Bertrand Bonnieux un petit
montage illustré de ces documents commentés : disques, revues
populaires, photos diverses qui devraient inciter les chercheurs à
diversifier leurs sources, car dans les traces écrites des films, il
n’y a pas que les scénarios.
Noëlle
Giret, conservateur général au
département des arts du spectacle, dresse l’historique de la
constitution de celui-ci à partir de deux fonds : le fonds Rondel
et la bibliothèque Jacques Doucet, naguère situés en deux endroits séparés
(l’Arsenal et la bibliothèque Sainte-Geneviève). Elle rappelle que
la BN accueillit ces documents à partir de 1927 seulement (ou
devrait-on dire déjà ?). Elle en retrace l’histoire sinueuse et
l’accroissement. Elle croise celle-ci avec celle d’institutions
concurrentes, la bibliothèque de la cinémathèque française (créée
par Lotte Eisner en 1945) et celle de l’IDHEC sous l’impulsion
d’une personnalité oubliée, Akakia Viala : institutions désormais
séparées seulement par une passerelle sur la Seine…
Elisabeth
Giuliani donne le texte le plus inspiré de cet ensemble, à mon goût,
en proposant un parcours de l’émergence de la séance de cinéma
comme objet mémoriel et comme expérience artistique qui s’appuie sur
un ensemble très complet de textes littéraires, de gravures et de
dessins de presse, de chansons et de séquences de films. Jérôme
Prieur, qui a publié précisément sur ce sujet deux livres de référence,
livre une méditation personnelle inspirée par les fameux « scénarios »
déposés au début du siècle à la BN par les éditeurs de films,
auxquels sont accrochés quelques centimètres de pellicule impressionnée
qui sont bien souvent tout ce qui reste de films disparus.
On
trouvera encore une analyse des albums personnels que Charles Vanel
confectionna tout au long de sa vie (Valérie Vignaux) ;
une comparaison critique (Laurent Le Forestier) des éditions DVD
de Nosferatu
(rappelons que la BnF a le dépôt légal des éditions vidéo en
France), laquelle fait apparaître que sur ce chapitre, les exigences
des philologues et éditeurs ont évolué très vite depuis 30 ans (le
livre de Bouvier et Leutrat) ;
enfin, une modernisation de ce propos d’archivistes par l’examen des
traces du cinéma dans les jeux vidéo
(Alexis Blanchet). En clôture de l’ensemble, Alain Carou
propose une analyse renouvelée et non-conformiste de Toute
la mémoire du monde, le chef d’œuvre de Resnais consacré
précisément à la BN en l’année lointaine 1956.
François
de la Bretèque