C-77-HispanitéN° 77  ⎜2005 ⎜19 €

Ce numéro rend compte de la 40ème édition de CONFRONTATION (Hommage à Marcel Oms/ L’hispanité au cinéma) dont le regretté Pierre Guibbert avait jeté les bases. Dans un premier temps, Román Gubern et Edmond Cros, sous le signe de la générosité, de la passion et de l’amitié, rendent un vibrant hommage à celui qui fut un lien solidaire »" entre la France et l’Espagne, entre l’Université et le cinéma. Quant à Bartolomé Bennassar, il analyse magistralement la hispanidad, communauté façonnée par l’histoire, consolidée par la langue et les habitus, qui dépasse peut-être les frontières politiques des pays hispaniques.
L’hispanité ayant peuplé les écrans de figures mythiques et emblématiques, on verra défiler, tour a tour, divers avatars de Carmen (dans un article posthume de Marcel Oms, publié pour la première fois en 1994), quelques Don Juan, américains ou non, exhumés, de 1899 à nos jours, par Jean-Claude Seguin, et le Don Quichotte virtuel de Lost in la Mancha que François de la Bretèque lit comme révélateur d’une certaine hispanité et de l’univers de Terry Gilliam.
On revient à une production plus centrée sur l’histoire contemporaine avec deux films sur la guerre civile et ses séquelles : Land and freedom dans lequel, selon Michel Cadé, Ken Loach ranime la mythologie révolutionnaire contre celle de la guerre d’Espagne ; L’Exode d’un peuple (ou La Retirada), film d’un amateur semi-professionnel perpignanais que François de la Bretèque considère comme un regard vierge – mais parfaitement maîtrisé – sur la débâcle des Républicains espagnols.
En avançant dans le temps, on ne peut passer sous silence l’œuvre de Carlos Saura. Marion Poirson-Dechonne analyse quelques-uns de ses films dans lesquels la danse peut apparaître comme une composante spécifique de l’hispanité. Anne Lenquette, quant à elle, récuse la notion de « cinéma de la Movida », mais considère la Movida au cinéma comme une sublimation du quotidien. Finalement, Jean Tena montre comment les trois films du jeune réalisateur espagnol Fernando León de Aranoa évoluent du ludique au social et Juan Marsé, romancier barcelonais, propose trois portraits chaleureux de Luis Buñuel, de Carlos Saura et de Pedro Almodóvar.
Faisant le lien entre l’Espagne et l’Amérique latine, Luis Buñuel (ce don Luis Buñuel si cher à Marcel Oms) ne pouvait, en aucun cas, être absent de ce numéro hispanique et commémoratif. Albert Montagne revient donc sur trois films de la période mexicaine du réalisateur et voit dans l’amour fou une vision surréaliste de l’hispanité. Et, la boucle se bouclant autour de cette communauté hispanique analysée par Bartolomé Bennassar, Monique Roumette et Bernard Gille proposent un très dense état des lieux, mis à jour jusqu’en 2004, du « cinéma nouveau » latino-américain.
Photo de couverture Carmen de Carlos Saura.