C-75--Le-monde-rural-au-cinémaN° 75 ⎜Octobre 2003 ⎜15,24 €

Le numéro 75 des CAHIERS DE LA CINÉMATHÈQUE rend compte de la 39ème édition de CONFRONTATION, un festival de cinéma pas comme les autres puisque, comme le rappelle avec humour Samuel Lachize, il est susceptible de modifier durablement la vie de ceux qui ont choisi de participer à cette entreprise. En introduction, avant un nécessaire rappel du programme de la manifestation, Pierre Guibbert et Alain Loussouarn ont esquissé, en toute subjectivité, les cadres géographique et historique où se déploie le cinéma rural.
Dans un premier mouvement, Michel Cadé a fait apparaître que le thème du ruralisme a largement irrigué le cinéma français, trop souvent caractérisé comme une production culturelle essentiellement urbaine. Cette attention à la terre s’est cristallisée autour de quelques temps forts de l’histoire du cinéma. Ainsi Roger Icart est-il revenu sur le leitmotiv de la terre dans le cinéma de Vichy ; Françoise Demougins a analysé la rare réussite de Farrebique ; enfin, analysant trois films récents de Manuel Poirier, Albert Montagne confirme que cette veine, en France, est aujourd’hui loin d’être tarie. Intitulée Terres d’ailleurs et d’autrefois, une deuxième section invite ensuite à dépasser les frontières du présent hexagonal. François de La Bretèque décrit et caractérise les différentes visions de la Terre, réalistes ou fantastiques, offertes par les films moyenâgeux ; Jacques Choukroun et Cristina Amalric évoquent l’univers impitoyable des “Sans terre” dans quelques films brésiliens dont le célèbre Vidas Secas Marion Poirson, rassemble les fragments d’une ruralité classique en considérant les images de l’Apiculteur de Théo Angelopulos. Il restait à approcher dans leur travail de création quelques uns des hommes qui, dans leurs films, se sont directement confrontés au monde paysan. Se côtoient ici des cinéastes professionnels présents au Palais des Congrès — Yves Caumon évoque chaleureusement la difficulté de filmer cet univers si particulier et Jean-Daniel Simon revient fait revivre les pittoresques conditions de réalisation de Il pleut toujours où c’est mouillé — mais aussi des cinéastes amateurs membres de l’Institut Jean Vigo. Louis Gironell, parle de son reportage, Tougouna, qui fixe des images émouvantes de la ruralité africaine. Et toute l’équipe de tournage du Mas des Oubells, rassemblée autour du souvenir de notre cher André Abet, revient sur ce qui fut une magnifique aventure.
Pour finir, s’appuyant sur les témoignages de Bernard Dartigues, Jean-Pierre Denis et Ariane Doublet, André Delacroix et Nathalie Coutard retracent la belle histoire de la Cinémathèque du Ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales. Vouée à la conservation mais aussi à la production de films ruraux, cette institution a apporté son précieux concours à cette édition de CONFRONTATION. Sans elle, bien des films “ruraux” n’auraient jamais vu le jour, ou auraient disparu.