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Une
histoire italienne :
ADDIO
GIOVINEZZA !
par
Francesco PITASSIO & Elena MOSCONI
Publié
par l'Institut Jean Vigo avec la contribution du Dipartimento di
Musica e Spettacoli de l'Università degli Studi di Bologna
Introduction
Au
lendemain de la mort de Sandro Camasio, auteur avec Nino Oxilia de la comédie
Addio giovinezza ! la critique saluait en lui le chantre de la “Turin estudiantine” et
l’artisan de la renaissance du théâtre national. En 1927, en faisant
(sur les pages de “Cinematografo”) la recension du film homonyme de
Augusto Genina, Alessandro Blasetti parlait d’«un film de caractère typiquement italien»,
alors que plus récemment, Claudio Casini reconnaissait dans l’opérette
tirée de cette même comédie «le
modèle du théâtre léger italien.»
Ces
reconnaissances apparemment unanimes, mais qui tour à tour réduisaient
l”’italianité” à des aspects différents, tels que la
localisation (la ville de Turin avec sa topographie précise), le style
(l’opérette "à l’italienne” issue de la chanson populaire),
le contexte de réception (le film italien rêvé par Blasetti),
expliquent l’intérêt qui a suscité la recherche sur ce texte et
dans une certaine mesure la méthode d’investigation adoptée.
A
partir d’une enquête sur des éléments de caractère intermédial
et intertextuel, on a voulu comprendre pour quelle raison, dans un pays
comme l’Italie qui n’a jamais connu une industrie culturelle de
masse, d’un caractère «national» qui ait une forte cohésion du
point de vue du consommateur, une petite comédie comme Addio
giovinezza !, écrite par deux
jeunes gens pratiquement débutants, a bien pu obtenir un succès aussi
large et aussi populaire pendant près de 40 ans, un succès renouvelé
et mis au goût du jour par de nombreuses versions théâtrales,
musicales et cinématographiques.
La
recherche sur les traces de Addio
giovinezza ! s’est ainsi révélée
riche et féconde, d’une façon inattendue en commençant par
l’analyse du texte et par la confrontation systématique entre les éléments
stables (isotopies) et les variantes, on a pu faire toute la lumière
sur les éléments du contexte, en s’attardant en particulier sur les
modèles de mise en scène et sur les cultures de spectacles qui ont
orienté la production et la consommation des différentes versions,
avec une attention spéciale pour les productions cinématographiques de
1927 et 1940. En les comparant réciproquement, les différentes mises
en scènes de Addio giovinezza !
ont permis de donner un coup
de projecteur sur la culture cinématographique et même sur la culture
nationale dans les moments historiques qui en ont constitué la genèse,
les textes, et qui ont orienté les réponses de la critique et du
public.
Il
peut sembler paradoxal que ce système d’interférences s’appuie sur
un texte simplifié à l’extrême et faible dans sa conclusion, précaire
dans l’équilibre délicat des caractères, programmatiquement indéterminé
dans la dimension temporelle, suspendue —comme l’annonce le titre —
entre le regret pour une saison
qui s’achève et l’angoisse pour l’incertitude de l’âge à
venir; mais peut-être est-ce cette indétermination du texte qui le
rend particulièrement souple aux sollicitations du contexte, ouvert et
toujours prêt à éclairer, comme on le verra, ce qu’on doit entendre
par une histoire, un style, un goût Italien...
N°96 - Octobre 2004 - 5 €
Contact
commande : sylvie.sidou@inst-jeanvigo.eu
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