Bertrand Tavernier nous a quitté. L’Institut Jean Vigo entretenait avec lui un compagnonnage de longue date. Marcel Oms était de ses proches et son œuvre, marquée par le double souci de l’histoire et de la société, recoupait les préoccupations qui sont les nôtres et sont au cœur de la pratique de Confrontation. 

Bertrand Tavernier et Marcel Oms – Table ronde Confrontation 25 en 1989

Cinéaste original, il avait fait le choix de ne pas s’inscrire dans la Nouvelle vague sans pour cela ressusciter la « qualité France », un parti pris que son amour pour le cinéma américain lui avait sans doute soufflé, ce dont il s’explique métaphoriquement dans son film, peut-être le plus personnel, Un dimanche à la campagne. S’il a donné au film historique, avec René Allio, une dimension nouvelle, il n’a pas hésité à inscrire sa réflexion dans le film de genre, le polar, Coup de Torchon ou le film de guerre, Capitaine Conan. Des correspondances entre les deux pans de son œuvre existent et permettent de saisir sa profonde unité, Que la fête commence entre en résonance avec Quai d’Orsay, La vie et rien d’autre avec La guerre sans nom, Coup de torchon avec Dans la brume électrique. Réalisateur passionné et grand directeur d’acteurs, Bertrand Tavernier fut aussi un grand historien du cinéma, le meilleur connaisseur français du cinéma américain comme du cinéma français des années 1930 aux années 1970. 

Bertrand Tavernier avait participé aux Amis du cinéma et à Confrontation à diverses reprises, on se souviendra de son affabilité et d’un rapport chaleureux au public, sa dernière venue en 2009 pour présenter Dans la brume électrique, en ouverture de Confrontation 45 Made in USA, avait déchaîné l’enthousiasme dans la grande salle du Palais des Congrès comble. De cette rencontre ce soir là, je garde le souvenir d’un Bertrand troublé parce qu’il pensait avoir égaré sa casquette fétiche et du sourire sur son visage lorsque l’un d’entre nous lui a ramené le précieux objet. Les demi dieux du cinéma sont des hommes et des femmes comme nous et c’est rassurant.
Adieu Bertrand, tu reste dans nos cœurs !

Michel Cadé
Président de l’Institut Jean Vigo

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