La cinémathèque propose un programme spécial consacré à Marguerite Duras.

C’est à la fin des années 50 que commence la relation passionnée et passionnelle de Marguerite Duras avec le cinéma, lorsqu’Alain Resnais la sollicite pour écrire le scénario d’Hiroshima mon amour. Dans la foulée elle adapte et écrit les dialogues son roman Moderato Cantabile pour le metteur en scène Peter Brook. Suivront des adaptations de ses romans (Un barrage contre le pacifique, Le marin de Gibraltar…) qu’elle reniera toutes au point de décider elle-même de faire des films dont le plus célèbre est peut-être India Song et le plus radical L’Homme atlantique. De ces films « qui font primer la diction sur l’action et la bande son sur l’image » comme l’explique Maïté Snauwaert dans Duras et le cinéma, elle s’explique dans des textes d’entretiens qui relèvent autant du manifeste pour un cinéma expérimental que du pamphlet contre le cinéma commercial.

Si Marguerite Duras demeure extrêmement présente 22 ans après sa disparition, cela tient à l’extraordinaire contemporanéité de son écriture capable de se porter tour à tour vers le livre, vers le théâtre, comme vers le cinéma, car c’est bien le même texte qui passe de l’un à l’autre, c’est bien la même écriture qui devient parole, texte ou image. On est là au cœur du système esthétique de Duras, au cœur de son cinéma.

Et à ses détracteurs elle répondait dans Les yeux verts « …Les raisons de faire du cinéma pour moi ils ne les aperçoivent pas, ils disent que ce n’est pas la peine…Mais on peut aussi faire des films que ce n’est pas la peine de faire ».

Jacques Verdier

Cette programmation fait écho à celle du théâtre de l’Archipel : retrouvez La Douleur de Marguerite Duras interprété par Dominique Blanc le mardi 25 octobre à 20h30 > https://www.theatredelarchipel.org/a-lagenda/larchipel/la-douleur

Jeudi 27 octobre à 19h

Lecture :
l’Homme Atlantique de Marguerite Duras par Rolland Payrot

20mn

Comédien au sein de plusieurs troupes locales (la Rencontre, le Gecko…) il a également travaillé avec la metteuse en scène Marie-Josée Malis au Théâtre National de la Commune à Aubervilliers. Compagnon de longue date de l’Institut Jean Vigo, Il a également écrit et lut plusieurs textes à l’occasion du festival Confrontation.

L’Homme Atlantique est un roman de Marguerite Duras écrit en 1982, soit plutôt vers la fin de sa carrière. Il s’agit, en fait, de la voix off écrite pour le film Agatha ou les lectures illimitées. Cette nouvelle d’une trentaine de pages correspondant à une longue lettre d’amour envoyée par l’auteur à son amour, un certain Yann. Le message est une longue blessure dû à un amour finissant, blessure de laquelle s’écoule des interrogations sur l’incapacité à rectifier le passé et garder un souvenir intact de la relation.

Le film et le livre ont ceci en commun qu’ils donnent une impression de déchirure, un amour perdu qui s’éloigne de plus en plus dans le cœur de l’être aimant. C’est bien sûr une histoire personnelle qui n’a été écrite que pour purger la violence de cette séparation.

Moderato Cantabile

Peter Brooks

France, 1960, 1h35 (35mm)

Avec : Jeanne Moreau, Jean-Paul Belmondo, Didier Haudepin…

Anne Desbaresdes, femme d’un industriel d’une petite ville du Bordelais, s’ennuie. Seul son fils l’occupe. Un jour, pendant que l’enfant étudie une sonatine au piano, on entend un cri épouvantable. Une femme vient d’être assassinée. À cette occasion Anne fait la connaissance d’un jeune ouvrier qu’elle va bientôt aimer.

Avant même de réaliser ses propres films, l’œuvre de Marguerite Duras divise de façon très clivante la critique. La preuve en est cette diatribe de Guy Alombert sur le film dans la Saison 1960 «…Tout l’artifice d’une exécrable littérature apparaît derrière un néant cinématographique… ».

Heureusement d’autres critiques, tel Jean Thibaudeau dans La NRF n°93 sont plus clairvoyants : « Moderato Cantabile, le film, oblige les mauvais esprits à se déclarer. Qui s’accommodait de la lecture brusquement est obligé de voir. Voilà le premier, le grand mérite de Peter Brook… Une question se pose alors. Les images n’étant pas les mots, n’était-il pas nécessaire, de toute façon, de trouver autre chose, un équilibre spectaculaire, du moment que l’usage du cinéma empêchait le langage de tenir seul la réalité ? L’art de Marguerite Duras, sans doute, était si précis qu’il ne pouvait changer de forme sans modifier sa matière.

Peter Brook a introduit le texte dans une continuité magique. Il a composé assurément un chef-d’œuvre, sans aucune faute, sans aucune faiblesse par rapport à lui-même. Que le spectateur accepte les premières images, et le voici sous le charme pour toute la représentation.»

Jeudi 3 novembre à 18h30

Le Navire Night

France, 1979, 1h30 (num.)

Avec : Dominique Sanda, Bulle Ogier, Mathieu Carrière…

Un titre mystérieux, pour un film qui l’est tout autant…  « Histoire sans images/histoire d’images noires. » Ledébut du texte de Marguerite Duras, Le Navire Night, évoque l’intention même du film qu’elle a réalisé, avant même d’écrire le livre. Quel en est le sujet ? L’histoire de deux personnes, que l’auteur définit comme « un orgasme noir. Sans toucher réciproque. » en voix off, carl’absence d’image crée le désir

L’histoire du Navire Night avait été racontée à Marguerite Duras par son protagoniste, et elle en a enregistré le récit. La genèse du film a gardé quelque chose de cette bande magnétique, un support sonore, presque dénué d’images. Sur l’écran noir, deux voix évoquent l’histoire d’un jeune homme, JM, qui travaille pour une compagnie téléphonique, et tombe amoureux d’une femme énigmatique. L’histoire n’existe que parce que les deux amants ne se rencontrent jamais. Dans Le Navire Night, il y a l’idée d’un film avorté, d’un échec. Ce néant de la création est peut-être l’origine des multiples plans noirs, transposant à l’écran le style de Duras, dont les non-dits confèrent au texte sa plénitude. Une œuvre poétique, exigeante fondée sur la mise en abyme.

Marion Poirson

LA CANTINE ENTRE LES FILMS !
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à 21h

La Femme du Gange

Marguerite Duras

France, 1974, 1h40 (DVD)

Avec : Catherine Sellers, Nicole Hiss, Gérard Depardieu…

Un homme revient aux endroits où il a vécu un amour passionné avec une femme aujourd’hui décédée. La sensation qu’il ressent est si forte qu’il s’imagine qu’elle est toujours vivante...

Dans un préambule au film, Marguerite Duras explique : «La Femme du Gange, c’est en quelque sorte deux films : parallèlement au film qui se déroule en images, se déroule un film purement vocal non accompagné d’images». Il n’y a ici ni mouvements de caméra ni recadrages, ni champ-contrechamps ni raccords invisibles, pas de fond musical soulignant les affects ou les articulations du drame, pas de psychologie ; seulement de longs plans fixes, des longs silences pleins des bruits de la mer, quelques airs fredonnés ou joués au piano pendant la prise.

Jacques Verdier

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