Tahar Cheriaa, à l’ombre du Baobab

Dans le cadre de la saison Africa 2020 proposée par l’Institut Français et du festival Maghreb si loin si proche

Dimanche 20 Juin  19h

Mohamed Challouf

Tunisie, 2015, 1h10 (Num.)

Ce Film est le portrait de Tahar Cheriaa le père incontestable du panafricanisme cinématographique et fondateur des Journées Cinématographiques de Carthage, premier festival de cinéma en Afrique et dans le Monde Arabe (1966).

C’est aussi l’histoire de son amitié avec les pionniers du cinéma en Afrique comme Sembéne Ousmane, Tawfik Salah, Timité Bassori, Moustapha Alassane et tant d’autres qui, au lendemain des indépendances, ont déployé toute leur énergie pour créer les premières images authentiques de l’Afrique post-coloniale et indiquer la voie pour des cinématographies africaines capables de contribuer à la modernisation du continent en prenant en charge sa propre image dans la dignité et le respect de soi.

En présence du réalisateur :

Mohamed Challouf
Né en 1957 à Sousse (Tunisie), il publie en 1992 son premier livre photographique Les Enfants du Sud, un hommage à l’enfance en Afrique dont les photos ont été exposées dans une trentaine de villes d’Afrique et d’Europe.
En 1994 il est délégué général des Journées Cinématographiques de Carthage.
Il collabore à de nombreux festivals (Festival International du Film Locarno, Rencontres Cinématographiques de Hergla, etc.).
Il est réalisateur et producteur de Ouaga, Capitale du Cinéma.
Il réalise le documentaire Mezzo secolo per un mondo intero.

En 2014 il achève son nouveau long métrage Documentaire Tahar Cheriaa, à l’ombre du Baobab.

EXTRAIT INTERVIEW MOHAMED CHALLOUF

Le Patriote : Avez-vous ressenti une pression particulière en faisant un documentaire sur un monument du cinéma tunisien et africain comme Tahar Chériaa ?

  • Mohamed Challouf : Je sentais que c’était naturel que quelqu’un comme moi, qui a eu la chance de rencontrer Tahar Chériaa en 1985, au Fespaco, fasse un documentaire sur lui. Cette rencontre a changé ma vie. Il m’a ouvert les yeux sur la richesse et les cultures de notre continent. Comme tous les Tunisiens qui appartiennent à l’Afrique du Nord, j’avais des préjugés sur le reste du continent. Pour moi, il était donc naturel de parler de ce monument de la culture, non seulement tunisienne, mais africaine, et à travers ce film sur Tahar Chériaa, j’ai eu l’occasion de parler d’une grande personnalité de la culture cinématographique africaine que j’ai eu la chance de connaître. Il s’agit de Sembène Ousmane. Lui et son ami Tahar Chériaa ont initié un travail que les nouvelles générations sont en train de poursuivre, afin de faire exister une cinématographie africaine digne de ce continent.

LP : Quelle était justement la singularité de Tahar Chériaa ?

  • MC : Un grand cinéphile, quelqu’un de très généreux, modeste aussi parce que chez nous dès qu’on est inventeur de quelque chose et qu’on a un premier succès, on oublie la modestie. Il était très humain, plein d’envie d’entente avec l’autre. Tahar Chériaa a passé l’essentiel de sa vie à rencontrer ses frères du continent et à se battre pour faire exister un cinéma en Afrique après les indépendances. Ce n’était pas facile. On n’avait ni les moyens, ni les techniciens. Il fallait tout inventer. Nous n’avions pas les festivals pour montrer nos films. Il s’est associé à d’autres pour pouvoir faire ce travail. Pour créer les JCC (Journées Cinématographiques de Carthage), il n’était pas seul, il a été aidé par plusieurs personnalités ici en Tunisie comme Mustapha Nagbou, Moncef Charfeddine, Moncef Benahamed… Et en dehors de la Tunisie, il considérait Sembène Ousmane comme complice de la création des JCC et du Fespaco. Il évoque Timité Bassori, Moustapha Alassane et bien d’autres. Il est reconnaissant à tous ceux qui se sont unis à ses efforts pour la naissance du cinéma africain.

L.P : Votre film met en évidence, la profonde amitié entre Tahar Chériaa et Sembène Ousmane. Qu’est-ce qui liait si fort les deux hommes ?

  • MC : C’est leur engagement de faire évoluer les choses au point de vue culturel et cinématographique sur le continent. Le nord du Sahara a besoin du sud. L’Afrique a besoin de tous ses fils pour bâtir un futur radieux. Sans panafricanisme, il n’y a pas d’essor sur le plan cinématographique, culturel en général, économique, politique et social.

L.P : De l’écriture à la réalisation, combien de temps avez-vous mis ?

  • MC : J’ai commencé à filmer Tahar Chériaa et à le photographier il y a très longtemps.  Dès que je l’ai rencontré à Ouagadougou, j’ai commencé à le photographier avec ses amis. Et à un certain moment,  j’ai commencé à le filmer avec tout le matériel que j’avais sous la main. J’ai donc de la vidéo dans tous les formats. Puis j’ai estimé qu’il était temps de monter le film, afin que les générations futures puissent le voir.

L.P : Le film est riche en images d’archive inédites. Comment les avez-vous obtenues ?

  • MC : Pour raconter plus de cinquante ans d’histoire du cinéma et de festivals en Afrique, il faut beaucoup d’archives. C’est pourquoi j’ai mis du temps pour finir le film. Parce qu’il fallait trouver ces archives, discuter avec les ayant-droits, les sélectionner. Ce n’était pas évident. J’ai compté sur les films qui ont été faits lors des différentes sessions des JCC, et aussi sur deux films réalisés sur le Fespaco, l’un par Gaston Kaboré sur l’édition 79 et l’autre par Emma Sanon sur l’édition de 1985. J’ai eu surtout la chance de mettre la main sur un document très intéressant, fait par Oumarou Ganda, le pionnier du cinéma au Niger. Il a réalisé un documentaire intitulé «Le Niger aux Journées Cinématographiques de Carthage», qui relate l’hommage rendu par les JCC en 1978 au cinéma nigérien. Dans ce document, Tahar Chériaa explique comme est née l’idée des JCC et évoque les difficultés qu’il a rencontrées pour créer ce festival. C’est un document très important pour moi et qui m’a permis de raconter la naissance des JCC à travers une interview faite par un pionnier du cinéma africain, Oumarou Ganda. Pour moi c’est très symbolique, car associer Oumarou Ganda à ce film était très important, en plus des témoignages de Timité Bassori, Souleymane Cissé et bien d’autres cinéastes qui ont côtoyé Tahar Chériaa.

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